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 Compagnon équidé

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Nukenin
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Message(#) Sujet: Compagnon équidé Mer 9 Aoû 2017 - 2:18

[Tetsu no kuni - l’an moins 6]

- Ne sont-ils pas magnifiques ?

Perdu dans l’admiration des chevaux qui s’amusaient dans l’enclot fait de bois sur lequel il s’était accoudé, Keiji, surpris, se tourna brusquement en direction de l’homme qui venait de lui adresser la parole avant de de se baisser rapidement, posant un genou à terre, le visage tourné vers le sol.

- Seigneur Takeda, veillez m’excuser, je ne vous ai pas vu venir !
- Comment pourrais-je compter sur toi si tu n’es même pas capable de sentir ma présence Yukimura ?

Malgré le reproche, le ton usé par le Takeda était loin d’être rude.

- Sais-tu que des nombreux shinobi sont capables de se rendre invisibles ? Poursuivit le Seigneur tout en regardant les chevaux alors que le jeune Yukimura était toujours baissé devant lui.
- Oui, je suis au courant Seigneur Takeda et pour votre sécurité, je saurai trouver un moyen de contrer cette technique bien fourbe des shinobi … Tout à l’heure j’étais juste distrait.

En effet, quand il s’agissait d’assurer la sécurité de son maître, Keiji ne se laissait pas distraire comme il y avait quelques minutes. Sa perception laissait encore à désirer mais il mettait tout en œuvre pour devenir un fin senseur. Effort que Takeda Mugen avait connaissance. Ainsi, l’homme fixa un moment la tête brune toujours baissée devant lui avec une certaine fierté. Le samouraï était fier d’avoir recueilli le jeune Yukimura qui, comme il l’avait prédit, était en train de devenir un serviteur dévoué bien qu'il n'avait que quatorze ans. De prime, l'adolescent avait une grandeur d’âme rare dans un monde aussi cruel qu’était le leur. Une personnalité qui ferait certainement de lui un grand samouraï.

- Redresse-toi donc !

Mugen attendit que Keiji se redressa avant de poursuivre.

- J’aimerais que tu te rendes chez Koriki Ukon.
- Bien ! Se contenta de répondre Keiji tout en s'inclinant.

Aussitôt le Takeda s’éloigna.

Bien que curieux de savoir ce qui l’attendait chez Koriki, keiji ne posa aucune question à son maître. Il avait appris qu’il était inutile de demander ce que son Seigneur attendait de lui. Si celui-ci ne donnait aucune précision c’était qu’il préférait le laisser découvrir par lui-même ce qu’il avait à faire.

Sans perdre de temps, Keiji se rendit chez Koriki Ukon qui vivait dans une ferme à moins d’une heure de marche du domaine des Takeda.

Ukon était un éleveur des chevaux pas comme les autres. En effet, il s’agissait des animaux bien plus intelligents que leurs congénères. On disait même que leur intelligence égalait celle de l’homme. Le Koriki ne les considérait même pas comme des animaux qu’il élevait mais plutôt comme des véritables compagnons avec qui il cohabitait.

Sachant qu’il ne trouverait pas l’homme qu’il venait voir dans sa propre maison en plein milieu de l’après-midi qu’il était, Keiji se dirigea directement vers la clairière cachée au milieu d’une forêt se trouvant derrière le domicile de Koriki. A cet endroit les chevaux étaient laissés en totale liberté.

N’apercevant pas Ukon dans les environs, Keiji se mit à sa recherche tout en criant son nom, les deux mains autour de la bouche en guise de porte-voix …


Dernière édition par Yukimura Keiji le Jeu 21 Sep 2017 - 22:37, édité 2 fois
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Konoha
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Message(#) Sujet: Re: Compagnon équidé Mer 9 Aoû 2017 - 13:03

Quarante ans. Ukon avait passé quarante années de sa vie à suivre un unique objectif, celui de la vengeance. Il avait grandit et vécu près de la moitié de son existence avec ce seul guide sur sa route. Un chemin pavé de sang, dont il s'était ouvert la voie au fil de son épée. Et lorsqu'il l'avait atteint, lorsqu'il eu enfin décapité l'assassin de son père, il ne ressentit aucune satisfaction. Le vieillard qui avait depuis longtemps accepté sa fin ne s'était même pas défendu. Son visage ne lui rendait qu'un rictus moqueur depuis le sol où sa tête gisait. Alors seulement, Ukon avait réalisé combien sa vie avait été vide, et combien elle le sera encore maintenant que la haine et le ressenti n'étaient plus la pour la combler.

Vingt années passèrent.

Ukon vivait seul, loin des hommes et de leur société. Il avait bâtit une petite maison ainsi qu'une ferme en bordure de forêt. Lui qui n'avait connu que la vie en solitaire pendant l'essentiel de son existence, il n'avait été capable de changer ce mode de vie. C'était une manière pour lui pour de se repentir des actes qu'il avait commit sous l'emprise de la haine, pour les vies pas toujours coupables qu'il avait prit, pour tous les moyens dont il avait eu recourt pour arriver à ses fins.

Enfin, vivre seul était un grand mot. Car s'il n'avait presque aucun lien avec ses semblables humains, il n'en demeurait pas moins entouré par les chevaux qu'il élevait depuis qu'il avait raccroché son sabre. Il n'y avait aucun enclos pour les retenir, aucune barrière pour restreindre leur liberté. L'immense clairière qu'abritait la forêt derrière la maisonnée d'Ukon était leur demeure, et l'ancien samurai vivait avec eux bien plus que l'inverse. Les chevaux avaient accepté parmi eux la présence de cet homme aux mille péchés, sans le juger pour ses actes passés.

En retour, Ukon s'occupait d'eux quand ils en avaient besoin. Il pansait les plaies lorsqu'ils se blessaient, s'assurait de leur bonne santé lorsque les saisons se faisaient rudes, et chassait les prédateurs qui rôdaient dans les environs. Cette forêt était leur domaine, l'endroit où coexistaient un vieux samurai usé par le temps et des chevaux qui semblaient droit sortit d'un tout autre monde. Des chevaux robustes, forts, et intelligents. Des chevaux qui attiraient la convoitise des hommes, dont le sang abreuvait régulièrement la terre sous l'action d'une lame implacable qui ne tolérait pas la présence des intrus mal-intentionnés.

Ukon était le gardien de cette forêt hors du temps, et il n'avait jamais faillit à sa tâche.


**********************


Une lame fila entre les bois, et se planta un mètre devant les pieds de Keiji. Le poignard ne vibra même pas.


« Tu es bruyant. Cesse de troubler la quiétude de ces lieux. »
lança une voix rauque et amère.


Ukon apparut dans le champs de vision de l'adolescent, alors qu'il s'avançait dans sa direction. Le poids des âges était visible sur son corps vêtu de tissus usés. La barbe grisonnante avait beau cacher une partie des rides de son visage, ses bras ne montraient qu'une musculature aussi sèche que fine, dont les veines ressortaient de sous la peau comme de gros vers de terre. Pour autant, il suffisait de croiser son regard pour comprendre qu'il valait mieux ne pas le prendre de haut.


« Qu'est-ce que tu veux ? »
demanda-t-il sèchement sans préambule.

Il dévisagea quelques secondes l'adolescent qui lui faisait face, notant les armes qu'il portait sur lui. Ukon n'avait que son vieux katana pendant à sa ceinture, mais c'était amplement suffisant pour repousser tout ce qui s'aventurait ici sans y être invité : le bras qui tenait l'arme était bien plus à craindre que la lame en elle-même.


« Tu dois être l'épéiste dont le Seigneur Takeda m'a parlé. Ramasse mon arme, et dépêche-toi. »


Ukon ne donna pas davantage d'explication, et lui tourna le dos. D'un pas rapide, il marcha dans une direction que lui seul connaissait, jusqu'à ce que des gémissements animales se fassent entendre. Les suivre les menaient dans une petite clairière à part, où était allongée une jument.


« Ne t'approche pas. Elle va mettre bas. »
ordonna-t-il.

L'endroit qu'indiqua son doigt imposa à Keiji de s'assoir, tandis que lui s'approcha de la jument dont il flatta l'encolure. Ses doigts noueux caressèrent le ventre de l'animal, mais son expression n'était pas rassurée. La cheval était âgée, et l'accouchement ne se présentait pas bien pour elle. Ukon faisait de son mieux pour l'assister, mais il était quasiment certain qu'elle ne verra pas son poulain grandir, à supposer qu'elle parvienne seulement à le faire naître. Quelques hennissements témoignaient de sa souffrance.

Ses mains glissèrent le long de la croupe, puis il plongea le bras sous la queue jusqu'au coude, à la recherche du poulain. Ses sourcils froncés n'étaient pas de bon augure alors que le poulain semblait ne pas bien se présenter. Ukon tenta pendant un moment de faire tout ce qui était possible pour assister la mère, mais après plus d'une demi-heure de travail dans la souffrance, il su qu'il devait agir avant qu'il ne soit trop tard. La seule solution possible dans cette situation...

La tête de la jument dans ses mains, il plongea son regard dans la sien. La seule fois sans doute où Keiji lira cette expression sur lui. La conversation se passa de mot entre le vieux samurai et la cheval, alors qu'il plaqua son front que celui de l'animal. L'accord sembla tacite.


« Adieu Mimiraï. »
murmura-t-il.

Puis il se redressa de toute sa hauteur, et adressa un regard froid à Keiji. 


« Donne-moi mon couteau. »
ordonna-t-il en tendant la main.
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Message(#) Sujet: Re: Compagnon équidé Dim 27 Aoû 2017 - 20:37

Ce fut une lame qui vint dans sa direction qui fit taire Keiji. L’arme se planta à un mètre devant le Yukimura qui marqua instantanément un arrêt. L’adolescent savait que le vieux Ukon avait fait exprès de ne pas l’avoir visé directement. Tous ceux qui connaissaient le samouraï qui s’était reconverti en éleveur des chevaux connaissaient sa dextérité au maniement d’armes. Habilité qu’il n’avait pas perdu malgré son retrait du monde des combattants et son âge plutôt avancé.

Le jeune Yukimura se contenta de hocher la tête en guise de confirmation des propos avancés par le vieux Koriki. Ce dernier avait déduit son identité sans pour autant avancer son nom. Puis, craignant de mettre en rogne le vieil homme, avec un certain empressement Keiji ramassa l’arme qui s’était plantée dans le sol sous l’ordre de celui même qui l’avait lancé. Le jeune Yukimura se pressa ensuite d’emboiter les pas de l’ancien afro samouraï qui s’était éloigné sans l’attendre. Le vieillard le mena dans une clairière plus éloignée où une jument était en train de mettre bas. Sous l’invitation d’Ukon, Keiji s’assit sous un arbre qui se trouvait assez éloigné de l’endroit où était allongé l’animal qui semblait atrocement souffrir. La jument avait du mal à mettre au monde son petit.

Le jeune Yukimura eut de la compassion pour la pauvre bête mais Ukon semblait bien plus compatir que lui. Le samouraï en retraite était certainement l’être le mieux placé ici-bas pour ressentir et comprendre les sentiments de la jument qui était bien plus qu’un simple animal de compagnie pour lui.

Le Koriki tenta d’assister la jument dans sa mise bas difficile mais les choses ne s’améliorèrent pas. La situation semblait même devenir alarmante. Déduction faite par Keiji en lisant l’expression bien grave qu’affichait Ukon. Une expression qu’il voyait pour la première fois chez le vieil homme.

La gravité de la situation ne tarda pas à se confirmer lorsqu’Ukon dit adieu à la jument avant de se redresser pour aller réclamer son arme blanche que Keiji avait gardée. Brusquement, le jeune Yukimura se redressa pour se tenir face à Koriki.

- Vous n’allez quand même pas …

Keiji laissa sa phrase en suspend réalisant que le vieil homme savait parfaitement ce qu’il faisait. L’ancien samouraï avait après tout abandonné la voie du bushido pour consacrer le restant de sa vie à ses chevaux. Animaux auxquels il accordait certainement bien plus d’attention et d’importance qu’à ses propres semblables. Il était un Dôbutsu dans l’âme. Un être capable de communiquer avec ses propres animaux. Un don que certains samouraïs réussissaient à acquérir à force probablement de communion avec la nature. Seigneur Takeda Mugen lui-même avait développé cette aptitude avec son propre cheval qu’il avait acquis parmi l’élevage du vieux Koriki.

Sans ajouter le moindre mot, Keiji rendit son couteau à Ukon avant de se diriger vers la jument. L’adolescent posa un genou à terre puis se mit à caresser l’animal au niveau de la tête, cherchant à l’accompagner dans ces derniers moments. Le Yukimura ne cessa pas de tâter l’animal alors que Koriki s’exécutait pour le délivrer de sa souffrance tout en essayant de sauver son petit …


Dernière édition par Yukimura Keiji le Jeu 21 Sep 2017 - 22:38, édité 1 fois
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Konoha
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Message(#) Sujet: Re: Compagnon équidé Lun 28 Aoû 2017 - 11:39


Ukon lui ôta le couteau d'un mouvement sec, ne jetant même pas un regard sur l'adolescent.

« J'ai déjà beaucoup trop attendu. »
grogna-t-il, comme pour se convaincre.

Convaincu, il l'était, mais le geste n'en restait pas moins douloureux. Malheureusement, la situation exigeait de faire des choix où aucun n'était bon. Et il en avait fait beaucoup trop de mauvais dans sa vie pour se permettre d'hésiter et de regretter encore.

Son couteau ne trembla pas dans sa main lorsqu'il l'enfonça dans le ventre de l'animal, et d'un mouvement fluide, lui ouvrit le ventre. Mimiraï ne poussa qu'un unique gémissement avant de s'éteindre, l'âge et la fatigue l'ayant beaucoup trop affaiblit pour supporter davantage. Aussitôt, il enfonça ses bras dans la plaie béante, et en arracha le poulain couvert de fluides sanglants. A demi enseveli dans les restes de son placenta, le jeune cheval vit pour la première fois la lumière du jour.

Ukon déchira son enveloppe, et le laissa prendre connaissance avec le tout nouveau monde qui s'offrait à lui. Le temps d'accorder ses dernières pensées pour Mimirai. C'était une vieille jument, l'une des plus âgées de ceux qui vivaient dans cette forêt. Elle l'était trop pour mettre bas une dernière fois, mais cela l'étalon n'y prêtait aucune attention. Au moins, Ukon avait pu sauver une vie plutôt que d'en perdre deux.

Le poulain rampa au sol, tentant péniblement de se tenir debout sur ses quatre appuies. Et instinctivement, il avança vers sa mère. Ukon le souleva et bloqua ses jambes alors qu'il se débattait.


« Ce poulain n'a aucune chance de survivre tout seul sans sa mère. Ce n'est pas le troupeau qui s'occupera de lui. »


L'animal ne pu que hennir faiblement dans la prise ferme d'Ukon, alors qu'ils s'éloignaient du cadavre de Mimireï. Il n'y eu pas de sépulture, pas de cérémonie : la nature s'occupera déjà de tout.


« J'ai parlé au Seigneur Takeda de cette situation mais... elle est arrivée beaucoup plus tôt que prévu. »
annonça-t-il à Keiji avec un visage fermé. « C'est pourquoi tu es là. »

Il n'en ajouta pas plus jusqu'à ce qu'ils soient arrivés derrière chez lui, dans un minuscule ranch ne pouvant contenir qu'un seul cheval. Il était parfaitement entretenu, mais l'on voyait très clairement qu'il n'était que très peu utilisé. Ukon le posa doucement dans la paille de son enclos, puis se tourna vers Keija pour lui déclara de sa voix rauque.


« Tu appartiens désormais à ce poulain pendant les cinq prochaines années. Si tu t'occupes convenablement de lui, alors il t'acceptera comme compagnon. »


Ukon fut plutôt avare en explications : il en resta là et laissa seul Keiji dans l'enclos. Le poulain de son côté se dressa pour la première fois sur ses jambes flageolantes, et d'un pas mal-assuré, fit ses premiers pas en rond, essayant de comprendre tout ce qu'il percevait autour de lui. Les odeurs, les sons, les sensations, tout était nouveau pour lui. Et dans son déséquilibre, il finit par percuter contre l'adolescent avant de prendre peur et bondir en arrière. Il chuta dans la paille.

Ukon revint une demi-heure plus tard, déposa un sceau de lait et une sorte de biberon sans un mot, et reparti. Aucun des chevaux de cette forêt ne lui appartenait, il ne faisait que vivre avec eux. Ils étaient libres, et toléraient sa présence, rien de plus. A ce titre, il n'en avait aucun à vendre, aucun à donner. Il n'était pas un marchand, mais un gardien. Si le Seigneur Takeda pouvait se vanter que sa monture était originaire de ce bosquet, ce n'était en aucun cas lui qui l'avait choisit : c'était elle qui l'avait accepté. Ce lien qui les unissait tous les deux, il ne l'avait pas acquit : il l'avait mérité.

Keiji allait connaître la même épreuve. Tout comme son Seigneur, il aura à prouver qu'il avait le cœur d'un Dobutsu. L'âme d'un homme capable d'ouvrir ses perceptions au-delà de sa nature, et d'y arriver de lui-même. Ce n'était pas quelque chose que l'on pouvait enseigner, pas plus que l'on pouvait l'apprendre : l'on naissait ainsi. Et avant même de le prouver aux autres, Keiji allait devoir se démontrer à lui-même s'il en était capable, seul. Ukon lui laissait dix jours.

Si l'adolescent ne parvenait pas à comprendre de lui-même les besoins et les attentes du poulain d'ici là, alors Ukon lui reprendra l'animal et le chassera de sa maison.
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Message(#) Sujet: Re: Compagnon équidé Jeu 31 Aoû 2017 - 23:51

Alors que la lame du vieux Ukon commença à cisailler le ventre de l’infortunée jument, Keiji détourna les yeux de la scène. Ayant vécu l’enfer dans son pays natal qui était Hai no kuni, le Yukimura avait pourtant déjà vu bien des horreurs malgré son jeune âge mais il ne pouvait supporter de voir le pauvre animal se faire ouvrir vivant. L’adolescent savait pourtant que c’était l’unique solution pour tenter de sauver au moins la vie du poulain alors que tout espoir était perdu pour la mère. Perdre une vie au lieu de deux, voilà la solution qu’avait opté Koriki.

La jument n’émit qu’un faiblement hennissement avant de s’éteindre alors que l’ancien samouraï à la coupe afro extirpait du ventre de l’animal, à présent béant, un petit être qui quant à lui montrait un signe de vie. Le poulain gigotait et à peine libéré du placenta et du cordon ombilical, il tenta de se tenir maladroitement sur ses pattes et s’avancer vers sa mère mais Ukon le saisit pour l’éloigner aussitôt de sa mère sans vie. Keiji les suivit dans le silence.

En chemin vers une minuscule écurie ou plutôt un simple box prévu pour un unique cheval, le jeune Yukimura apprit enfin la raison de sa présence chez le vieux Koriki. Il semblerait que le Seigneur Takeda désirait qu’il s’occupe du poulain dont il était au courant du sort qu’attendait la mère. Une véritable surprise pour l’adolescent qui pensait avoir mieux à faire que s’occuper d’un animal. Il aimait certes les animaux, particulièrement les chevaux dont il était constamment entouré, mais il n’avait clairement pas le temps à consacre à l’éducation d’une de ces bêtes. En effet, désirant devenir un guerrier digne de servir son Seigneur à qui il était dévoué corps et âme, Keiji consacrait son temps à la maîtrise du bushido et il avait encore du chemin à faire avant de prétendre être un véritable samouraï.

Cinq ans ? La stupéfaction voila le faciès de Keiji mais auquel Ukon ne prêta aucunement attention car aussitôt l’ancien samouraï s’éclipsa, laissant l’adolescent seul avec le poulain. Ce dernier se redressa puis tourna en rond dans la petite stalle alors que le jeune Yukimura le fixait sans vraiment le voir. L’esprit de l’adolescent était complètement brouillé tant il était chamboulé par ce que lui arrivait. Consacré cinq ans de sa vie au poulain alors qu’il avait déjà tant à faire ? Impensable. Keiji ne pouvait pas pourtant refuser de s’occuper de l’animal car c’était comme un ordre indirect de son Seigneur. Refuser serait donc comme désobéir.

Le poulain qui lui rentra dedans dans sa maladresse ramena Keiji à la réalité. Sous l’effet de la surprise, le petit orphelin maladroit rebondit et finit par retomber sur le postérieur. Instinctivement, l’adolescent se précipita vers la pauvre bête désorientée.

- Fais attention petit gars ! Tu es encore fragile alors ne force pas trop !

Se laissant guider par son instinct, Keiji se retrouva à chercher à rassurer l’animal qui ne cessait soudain d’hennir. Acte que le jeune Yukimura associa à des appels destinés à sa mère mais qui malheureusement n’était plus parmi eux. Orphelin lui-même, le jeune Yukimura comprenait parfaitement la détresse de l’animal.

Les secondes puis les minutes s’écoulèrent et Keiji resta là, cherchant toujours à consoler le poulain par des caresses mais sans trop insister car il remarqua que la petite bête cherchait à s’échapper de ses mains si celles-ci étaient trop persistantes. Il rompait donc le contact dès que l’animal le repoussait puis attendait un moment avant de recommencer. Après plusieurs tentatives, le poulain finit par le laisser faire. Victoire qui arracha un sourire satisfait à Keiji qui, sans réellement s’en rendre compte, commençait à s’attacher tout doucement à l’animal malgré sa réticence de s’en occuper initialement …
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Compagnon équidé

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