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 Le Secret. [Yokuro]

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Message(#) Sujet: Le Secret. [Yokuro] Dim 17 Mar 2013 - 13:48

Tu es assise, là, dans ce parc. Autour de toi, il y a foule. Beaucoup de personnes qui parlent, qui rient, qui chantent. Elles ont l’air heureuses. Ça te fait sourire, toi, petite fille perdue au milieu de tout ce monde. Tu les observes d’un air désintéressé, pour ne pas paraître étrange. Mais ça te touche, tout de même. Depuis que Maman est partie, tu n’as plus cette possibilité de faire la gamine. Enfin, tu me diras, tu ne l’as jamais eue. Précipitée dans un univers rude, plein de complications, tu n’as pas eu le temps de découvrir ce que sont l’innocence et l’enfance. Tu es tombée du nid d’un seul coup, te retrouvant nez-à-nez avec la vie et ses contraintes. La pie t’a poussée, et maintenant tu apprends à vivre. Bon, à déjà dix-neuf ans, tu sais ce que ça fait, d’être « comme les grands », puisque tu en es une. Mais tout de même, tu aurais aimé goûter aux délices de l’enfance, non pas aux traumatismes. Alors tu te perds dans les songes d’autres enfants, des fois, tu les écoutes distraitement, récupérant le peu d’informations qui te réchauffe le cœur. Tu aurais bien besoin d’une telle présence. Une petite sœur ? Un petit frère ? Ces êtres, plus jeunes, qui grandissent si vite et deviennent différents de jour en jour. Ah, tu aimerais t’émerveiller comme une maman, mais tu ne le peux pas. Ahah, non, tu as peur des hommes. Et tu ne saurais pas quoi faire d’un gamin. Avec ta maladie, tu l’enverrais valser dans un mur à coup sûr. Drôle pour une médecin, non ?

Tu soupires et te relèves, époussetant ta robe par réflexe. Rester là va te déprimer, à force. Et ce n’est pas le moment d’être triste, tu ne crois pas ? Il te faut sourire, masquer ton malaise. Parce qu’ici, il y a plein de monde et, parmi eux, tu vois le sexe opposé. Ces hommes qui te terrifient depuis toujours. Tu leur lances un petit coup d’œil et disparais dans les sombres méandres du parc. Il fait sombre, l’ombre recouvre toute l’herbe. Tu exhales un autre soupir, avant de partir, pour quitter définitivement cet endroit ruisselant d’amour et de bonheur. Il t’insupporte, tu ne peux plus le voir. Tu as envie de l’enterrer sous les flammes et de rire à gorge déployée en voyant tous ces gens périr. Rah ! Tu n’en peux plus, tu veux partir, ça y est.

Tu te retrouves hors du parc, alors tu soupires, et tu attends pour que la crise passe. Ton cœur bat à en exploser dans ta poitrine. Tu la sens, cette vilaine poussée nerveuse liée à la bipolarité. Elle t’emporte et te rend incontrôlable. Tu te mets à marcher, pour l’aider à redescendre. Tu ne sais pas où tu vas, tu veux juste qu’elle te laisse tranquille. Tu pourrais les réguler, mais te rendre à l’hôpital pour demander un vrai traitement te gêne au plus haut point. Tu ne veux pas en rajouter une couche, tu estimes en avoir assez comme ça. Ta marche s’accélère, plus vive, plus maladroite. Tu te rends dans un endroit plus étroit du centre-ville. Une ruelle ? Peut-être bien. Alors tu continues sur ta lancée, sans savoir où tes pas vont te mener. Au pire tu te retrouveras au cocon, et ça ira mieux. C’est ce que tu espères, du moins.

Mais, quand tu penses que tu y es presque, un obstacle. Tu heurtes quelqu’un et tu chutes. De petits tremblements viennent te secouer, et tu relèves la tête, apeurée par ce que tes yeux vont voir.
Et là, c’est le drame.
Tu recules rapidement, joignant tes bras devant ton visage, comme pour te protéger. Tes tremblements s’accentuent, devenant visible au jeune homme face à toi. Tu l’as seulement aperçu, mais tu as retenu son image. Il est plus grand que toi, d’une bonne dizaine de centimètres, voire plus ; et ses cheveux sont blancs. Totalement blancs. Tu recules encore, ne voulant pas qu’il t’approche. Tu tentes malgré tout de te donner une image.

    — P…Pardon, j’vous ai pas vu, je… Je… Ah ! Allez-vous en, ne m’approchez pas ! Laissez-moi tranquille !!

Tes mots s’emmêlent, hachés par la peur. Tu parles vite, si vite, que tu en deviens incompréhensible. Dans ta tête, tes songes se nouent en une énorme pelote de laine et tu ne comprends plus rien. Ni toi, ni ce qui se passe alentour. Tu pousses un long soupir et décide de te relever. Il te regarde, et son visage est d’une telle neutralité que ça te choque encore davantage. Tu recules, jusqu’à heurter un mur. Tu baisses la tête et des larmes de terreur ruissellent sur tes joues. Tes jambes tremblent, et tu ne peux plus bouger. Ça y est, Hime, tu es tétanisée. Et maintenant, tu fais quoi ? Tu te laisses tomber, jusqu’à t’asseoir sur le sol.

    — S’il vous plaît, laissez-moi tranquille…

Tu te recroquevilles, les genoux contre ta poitrine, et finis par t’arrêter. Tu ne bouges plus du tout. La seule chose qui prouve que tu es encore en vie est ta respiration. Elle est haletante, rapide, comme si tu faisais une crise d’asthme. Alors, tu prends ton souffle et tu tentes de te calmer, en vain. Rien n’y fait. Il est là, tu ne peux pas bouger, tu ne peux pas fuir. Ah, tu aurais aimé courir, cavaler aussi vite que possible pour lui échapper, mais tes jambes ne semblent pas d’accord. Tu restes assise et tu attends. Peut-être qu’il partira de lui-même ? Le rêve ! Quoique. Il te prendra certainement pour une folle, et aura peur, avant de s’enfuir en gueulant que tu es une aliénée. Et là, tu perdras tout.

D’un coup, tu te relèves et attrapes sa main, dans un élan de folie pure. Tu la serres, si fort que les tremblements de ta main s’empirent. Tes prunelles viennent se mêler aux siennes. Pourtant, ton regard semble complètement vide et tu ne vois plus rien.

    — Non, restez ! N’partez pas ! J’vous en prie, personne ne doit savoir ça !

Tu en as trop dit, tu en as trop dit. Bravo Hime. Maintenant, en plus de connaître ta pathologie, il sait que c’est un secret. Et s’il s’agissait de quelqu’un de mauvais ? Ah tu serais dans une situation particulièrement fâcheuse, ma pauvre. Mais tant pis. Tu ne plus faire machine-arrière, maintenant. Alors tu desserres et te recules, poussant un long soupir, les yeux vers le sol.

Il fait toujours tout noir dans ta tête, alors tu te focalises sur ton ouïe. Que va-t-il faire ? Tu crains toutes les pires réactions possibles, mais bon. Au pire tu le rattraperas, tu le serreras fort et tu attendras qu’il perde conscience. Quitte à le frapper. Les autres ne doivent pas savoir.

    — Ils ne doivent pas savoir…
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Sam 23 Mar 2013 - 14:59

Au final, dans la vie, il existe deux types de médecins, comme il existe deux genres d'homme : les sédentaires et les nomades. Les uns préfèrent s'ancrer à une zone, à un bâtiment en guise de lieu de travail, un hôpital voire un cabinet, pour ensuite dispenser sa profession dans un village voire une région entière. Yokuro entrait dans cette première catégorie. Installé dans le coeur dynamique du village caché de la Feuille, au pays du Feu, il avait choisi de s'intégrer à la société par le biais de son cabinet. Une aubaine pour le Yamanaka psychologue, puisque Konoha comptait de nombreux citoyens. Paradoxalement, et d'un point de vue cynique, c'était une double-aubaine pour le jeune homme. Sa profession avait une certaine notoriété, du fait de l'histoire commune de chacun : les guerres s'ajoutaient une à une, et autant de maux s'additionnaient dans les esprits. Raison de plus pour faire appel à un quelconque psychosomaticien pour faire le point, le vide, ou simplement se refaire. Au final, bien qu'étant un pacifiste adepte de la liberté, le Yamanaka pouvait s'estimer heureux que la guerre continue malgré le grand cataclysme belliqueux d'ampleur mondial. Il devait même s'en réjouir, car la guerre était au final une forme de source de revenu. Aujourd'hui Genin, il pouvait exploiter cette guerre en tant que psychanalyste, ou y contribuer en tant que shinobi de Konoha.

Il y avait en outre les nomades. Ceux que l'on nommait les médecins humanitaires. Des altruistes, dont le bien-être et la santé d'autrui passaient avant leur confort personnel. Durant la Grande Guerre, ce genre de médecins, parfois Eiseinins, se faisaient très discrets. Ils constituaient une minorité, presque invisible, face aux savants qui exploitaient leurs connaissances pour nourrir le Mal. Faisant de la Grande Guerre leur fond de commerce, ils travaillaient dans l'ombre pour contribuer à la guerre, créant davantage de poisons, davantage de souffrances pour alimenter le chaos. Aujourd'hui c'était une pratique plus ou moins perdue, car c'était un sujet tabou que de parler de telles conspirations. Tout le monde avait plus ou moins retourné sa veste. Quant aux médecins humanitaires, ils ne cessaient de bouger, pour intervenir là où le besoin se faisait pressentir. Ils n'attendaient pas le patient, ils venaient au patient, contrairement à leurs collègues sédentaires. Un champ de bataille, un incendie, un village pauvre… tant qu'ils avaient la volonté, alors l'espace importait peu.

Et en cette journée, Yokuro allait comprendre en quelque sorte cette volonté d'agir à n'importe quel endroit.

Il faisait beau, et étant affranchi d'une quelconque mission en tant que shinobi, et de rendez-vous avec des patients en tant que psy, l'Opalin avait décidé de sortir un peu. Bien que solitaire, le Yamanaka ne manquait pas les occasions pour se ressourcer à travers l'air citadin et pourtant sain de Konoha. Il avait alors laissé Kuro à l'appartement, la gamelle d'eau et de croquettes pleines en cas, et habillé de son emblématique kimono lilial. L'été se diffusait agréablement sur Konohagakure no satô, aussi le Borgne tâcha d'éviter de trop se couvrir. Ainsi paré aux aléas estivaux, il erra çà et là dans les grandes et petites rues du centre-ville. Il faisait bon vivre au village, et l'atmosphère était détendue, malgré la guerre en approche. Et puis soudain … un choc inattendu. La triviale bousculade, qui fait la rencontre entre deux personnes lambda. Mais jamais le Yamanaka n'aurait songé au dénouement qui suivit à ce heurt aléatoire. Elle s'excuse. Puis la crise gagne son corps. Elle se propage, comme une note de musique sinistre à travers tout son corps, de la tête, émetteur de cet effroi involontaire, jusqu'aux jambes, qui tremblent. Et c'est la décadence, la chute : elle se laisse choir au sol, prenant difficilement ses aises dans l'espace public, au milieu d'une foulée légère. Elle se sent mal, et la pâleur maquille son faciès. La population exprime alors sa névrose : les uns l'ignorent, les autres font de l'apeurée une attraction pour le regard curieux. Le mire devait réagir. Gardant son sang-froid comme à son habitude, le personnage aux allures placides vint réagir comme s'il devait assister une personne en plein arrêt cardiaque. Premièrement, établir un espace suffisant. Mais la première étape fut entravée par l'apeurée, qui, après avoir relâché la main de son éventuel sauveur, prit la parole.

— Ils ne doivent pas savoir…
Elle semblait inquiète à propos de cet état qui la tétanisait au sol. Yokuro ne s'en irait pas, qu'importe les circonstances : en bon officier de santé, son objectif était de répandre le bien-être dans la globalité. Cette demoiselle, fragilisée à coup sûr par son passé, ne faisait pas exception à son nindô. Histoire de la rassurer, et de lui faire comprendre ses intentions louables, il ne tarda pas alors à lui répondre clairement.
— Ne vous en faites pas, je ne veux vous aucun mal, et je ne désire en aucun cas transmettre votre "secret", si tel est votre souhait. Je désire simplement vous aider, pour que vous pussiez vous relever calmement.
Avant de poursuivre l'intervention sur le terrain, le psychologue se retourna, et voyant les regards fuser comme des flèches sur la craintive, il fit un vif mouvement du revers de la main indiquant à la plèbe de partir. Les corneilles hypocrites et puériles n'avaient pas leur place dans l'espace de Hime et de Yokuro.
— Écartez-vous s'il vous plait ! Cette demoiselle a besoin d'air, et de tranquillité, alors respectez sa volonté !
Le ton employé, ainsi que la posture - tant somatique que faciale - adoptés permirent à Yokuro de persuader les citoyens de s'éloigner et de se laisser faire le shinobi. Laissant son jeu d'acteur derrière lui, Yokuro se baissa alors, les jambes pliées, afin de parler avec plus de proximité à la demoiselle.
— Ça va aller ?
Histoire de rassurer de son mieux l'apeurée, il esquissa alors sur son visage amorphe une mine plus souriante, plus ouverte. Difficile avec cette jouvencelle de jouer sur son assise narcissique, afin de gagner sur sa confiance : cette anonyme éprouvait une vaste anxiété qui suggérait au psychagogue des traitements plus médicamenteux que psychiques. Son visage parlait pour elle : des traits clairement lisibles, et qui encore cachaient des mystères abscons, trahissant dans la psyché de la dame quelques spectres remuants…

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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Dim 24 Mar 2013 - 14:27

Tout le monde te regarde. C’est ignoble, insupportable. Tu as envie de te lever pour courir, t’enfuir d’ici, aussi vite que possible. Tu es une bête de foire, tout le monde t’admire pour ta folie. Tu n’es pas comme les autres, alors quand tu te manifestes, ils sont tous aux aguets pour guetter ce que tu fais. Tu les détestes tous. Tu aimerais tant qu’ils périssent tous, là, sur le coup. Tu ne comprends pas pourquoi ils continuent de te darder de ces regards inquisiteurs. Tu n’es pas un monstre, pourtant. Tu ressembles à tout le monde, tu n’as pas d’ailes dans le dos ou quoi que ce soit qui te rende méphistophélique, alors … Pourquoi ? Parce que tu es folle ? Que tu es malade et que tu as ce qu’ils n’ont pas ? Oui, une tare. Ce qui te rend si différente. Ce qui te rend faible, aussi. Néanmoins, dans cette foule de fous furieux, il est là. Tu ne le connais pas, mais il te semble avenant. Comme s’il tentait de te protéger de quelque chose. De quelqu’un ? D’eux. Et de toi-même. Tu ne sais pas qui il est, ni pourquoi il agit ainsi, mais il est, pour l’instant, ta seule échappatoire. Alors tu fermes les yeux et tu te blottis un peu plus contre le mur, sans rien dire.

Les battements de ton cœur rythment ta peur, tu l’entends, si forte, si transcendante, si présente. Elle te réduit à néant, te transforme en petits lambeaux et te regarde tomber. Ça l’amuse, elle. Parce que du coup, ça lui permet de te voir mal, si mal que tu pourrais en pleurer. Elle est vilaine, la Peur, mais tu ne peux rien y faire. Comment ne plus le craindre ? Comment lui faire confiance ? Même s’il les a tous repoussés, que peux-tu y faire ? Tu ne peux pas t’y fier. Il reste un homme. Un de ceux qui a détruit ton monde et t’a rendue aussi craintive. Il n’est pas coupable, mais il est comme eux. Comme lui. Tu soupires et relèves doucement les yeux. Plus personne. À part lui et toi. Merde. C’est encore pire. Maintenant il peut tout faire, vu que tu es incapable de bouger. À nouveau tu imagines les situations les plus immondes, celles qui te tétanisent le plus, mais c’est plus fort que toi.

Il s’approche, pliant les jambes pour être plus près. Tu recules doucement, en te rendant compte que ça t’est impossible. Eh oui. Tu es contre le mur, ma Hime. Ton cœur se presse dans ta poitrine, il s’écrase tellement que tu exhales un soupir de douleur. Tu as mal, tu as peur. Ta main parcourt le sol à la recherche d’un objet pour te défendre, mais il n’y a rien. Aucune pierre, rien du tout. Tu es condamnée. Condamnée à lui parler. À lui répondre. À moins que. Tu peux mentir, aussi, non ? Tu n’es pas contrainte à dire vrai ! Ahah. Tu soupires un long coup et tu relèves la tête, le regardant en tentant d’esquisser un sourire.

    — Oui, ça va. Merci de vous en …

Et bam. Ça revient, plus fort que tout, comme toujours. Ça te soumet, t’affaiblit. Tu détournes vite le regard, tandis que les tremblements reviennent, plus violents. Tu t’appuies sur ta main pour te relever, mais elle flanche. Ton bras est trop mou. Trop faible. Tu es en caoutchouc. Un vrai chewing-gum. C’est con, hein.

    — Non, ça ne va pas … Vous me faîtes peur …

Tout semble venir tout seul, comme un flot continu que tu tentes d’arrêter. Et ça ne part pas, ça s’accentue. L’envie de parler est plus forte que toi. Plus forte que tout. Ça t’arrache le cœur, ça te tue. Tu as envie de pleurer.

    — La foule, vous, tout ça … J’ai envie de courir, j’ai peur. Comme si vous alliez … Non, vous allez me faire mal, avouez-le. Vous ne pouvez pas mentir plus longtemps. Vous êtes tous pareils. Vous souriez et vous finissez par crier, par nous en vouloir alors que nous n’avons rien fait. Vous vous mettez au-dessus de nous et vous nous regardez tomber, en riant, si fort que ça nous perce les tympans. J’ai peur, vous savez … Et …

Tu ne comprends plus rien. D’un coup, tu attrapes sa main et tu la serres, fort, comme pour te rassurer. Quelque chose te dit qu’il ne te fera pas de mal. Du moins, pas pour l’instant. Peut-être une technique pour se rapprocher et te détruire doucement, sans que tu ne t’y attendes ? Tu n’en sais rien, à vrai dire. Mais ça te suffit à te méfier. Ne pas savoir. Ça fait peur. C’est chiant. Tu serres un peu plus.

    — Ne partez pas …

C’est tout. Tu ne sais pas pourquoi, mais tu veux qu’il reste. Tu en as peur, c’est indéniable, mais s’il s’en va, ce sera pire. Tu sais que ce sera pire. Parce qu’il n’y aura plus personne. Et il saura. Il t’a vu. Il sait que tu es malade. Que tu as un problème. Alors, tu implores. Comme une gamine terrifiée.

    — Ne me faîtes pas de mal … Ne dîtes rien à personne …
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Dim 24 Mar 2013 - 21:01

Maintenant seuls à côté de ce pan d'immeuble, la demoiselle et le mire étaient en tête-à-tête. Un drôle de tête-à-tête il fallait l'avouer, entre patient et thérapeute, et qui ne risquait pas de déboucher prochainement sur une quelconque oaristys. En tout cas, c'était mal parti. Yokuro était bien trop innocent et platonique pour s'engager dans une relation amoureuse. Par ailleurs, la donzelle ne semblait très emballée par l'Opalin… Le Yamanaka faisait ainsi de son mieux pour qu'elle soit en mesure de se rétablir. Il lui paraissait impossible de l'accompagner jusqu'à l'hôpital pour lui donner de quoi l'apaiser. Non, au vu de son état actuel, elle risquait fortement de rejeter la proposition du mire altruiste pour se refermer sur elle-même. Par ailleurs, le psychosomaticien avait repéré quelques traces attestant d'un cousin de l'hystérie chez la demoiselle. Tout au long de ses différentes propositions orales, elle témoignait indirectement du mal qui l'habitait. Ses discours restaient très flous, voire très confus. Et entre chaque laïus, elle semblait souffrir de tout son être. Elle était faible, incapable de se relever toute seule sans le soutien d'une personne qui puisse recevoir sa totale confiance. C'était là l'une de ses caractéristiques de la névrose hystérique : une douleur somatique qui n'était pas d'ordre corporelle. Le sujet ressentait des douleurs à travers son corps, pourtant ce dernier n'était nullement affecté. Le plus avisé des légistes aurait beau remuer ce tas de chair tourmenté jusqu'aux abysses les plus profondes de l'être, il n'aurait rien trouvé, ni dans les muscles, ni dans le sang, encore moins dans les os.

Aneffet, comme aurait dit l'autre, tout se jouait dans l'esprit. La substance de chaque sujet, l'ensemble de plusieurs univers, à savoir : conscient, inconscient, subconscient et même préconscient. Il y avait quelque chose qui entravait l'âme de cette demoiselle qui n'y était pour rien. Ce n'était peut-être pas une névrose hystérique, mais pour Yokuro, cela s'en approchait, et il pourrait traiter de la sorte la jouvencelle. Après tout, hystérique ou pas, l'apeurée devait subir le même traitement à l'égard de l'ordre des médecins. Une forme d'incompréhension, et de mise en scène déplorable du côté de la prétendue patiente. Les docteurs sont les soigneurs du concret : ils examinent, observent, et à partir de leurs connaissances, font des déductions. Mais si, même en remuant ciel, terre et chair, ils ne trouvent rien, ils ne peuvent rien faire. Certains se tournent alors vers des croyances : ce sont des shamans, des marabouts, et parfois des charlatans. D'autres restent accrochés à leur profession empirique et abandonnent tout espoir, admettant que la patiente n'en était pas une.

Et pour contrer cette ignorance de la cause, il y avait les psys, comme l'Opalin. Des hommes qui fondent parfois leur savoir sur l'impalpable, ce que la science ne peut accéder directement. Des scientifiques parfois reniés pour leurs thèses, et qui ont su faire preuve de tolérance et de patience envers leurs patients. Aujourd'hui, Yokuro déployait pleinement ce trait de caractère propre aux psychologues. Devant chaque proposition de la demoiselle, il restait calme, conservait son sang-froid. Mieux encore, il laissait le transfert se faire, sans pour autant être influencé par le transfert.

— Ne me faîtes pas de mal … Ne dîtes rien à personne …
— Je suis là justement pour que n'ayez pas mal. Faites moi confiance, je ne dirai rien à personne.
Il avait l'air de se répéter, et pourtant, Yokuro ne perdait pas le nord. Il savait que quitte à parler dans le vide, ou à répéter des phrases standards sans affect, il devait continuer ainsi. C'était nécessaire : ceux qui ont peur mettent plus de temps à accepter une aide qu'une personne lambda en parfait état de lucidité. Le Nivéen avait connu ça, autrefois. La peur de devenir fou, la peur de recommencer cet acte incestueux par plaisir et non sous la contrainte. Yokuro avait lui aussi connu les crises d'anxiété, la faiblesse que procurait la peur, lorsqu'elle dominait l'esprit. Il avait peur de recommencer. Pire encore, il n'avait pas peur des autres, mais bien de lui, qui se considérait comme un monstre. Aujourd'hui libéré, il s'estimait en mesure de comprendre ce que ressentait l'apeurée, et allait justement exploiter ce fait pour gagner sa confiance.
— Vous savez, je sais parfaitement ce que vous ressentez… ils vous effrayent beaucoup, n'est-ce pas ? J'ai vécu ça également, et aujourd'hui je me suis libéré de tout ça, et je vais mieux. Je n'ai plus peur. Alors ayez confiance en moi, et je vous aiderai à vaincre le mal qui vous hante.
Sa main auparavant reprise par la demoiselle, il prit à son tour cette dextre. Il n'était plus passif, mais actif dans cette poigne. Bien qu’exerçant une pression moindre comparée à l’azimute, on pouvait sentir que sa main n'était plus une boule de stress. Il s'agissait d'un lien, qui symbolisait presque ce don de confiance qui s'effectuait peut-être dans la conscience de Hime.

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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Lun 25 Mar 2013 - 21:19

« Faire confiance ». Ils le disent tous. Ils sollicitent ton instinct pour que tu les écoutes et leur donnes ce que tu as de plus précieux. Sauf que tu ne leur offres jamais rien. Comment ne pas te méfier d’eux, de toute façon ? Ils ne t’inspirent jamais rien de bon. Et même s’ils te disent qu’ils ne te feront pas de mal, qu’ils seront là et qu’ils le resteront, ils mentent. Tu le sais, parce que ce sont tous les mêmes. Ils attendent tous la petite brèche, la petite fragilité pour remonter et te détruire toute entière. Comme des prédateurs. Ils guettent, pistent, traquent et, dès que leur proie se montre suffisamment vulnérable, ils bondissent et la dévorent, n’en laissant rien. Tu ne veux pas finir comme ça, toi, tu ne souhaites pas être comme ta mère. Alors quand il te regarde comme ça et te somme de lui faire confiance, tu hésites longuement.

Tant de « Et si » dans ta tête que tu ne sais plus quoi faire. Avancer, tendre la main et accepter ? Reculer brutalement et t’enfuir ? Quelles seront les conséquences, dans un cas comme dans l’autre ? Tu n’en as aucune fichtre idée. Les deux solutions sont intéressantes, alors tu ne sais pas trop. Et puis finalement, tu t’immobilises et tu l’écoutes. Il commence à te raconter quelque chose de particulier, comme quoi il te comprend. La neutralité de sa voix traduit tout. Elle est trop posée. Trop étrange. Il ne ressent rien. Il ment. Et de toute façon, il ne te comprend pas, en réalité. La seule chose qu’il désire, c’est te faire parler, c’est tout. Parce que ça les amuse, ces charlatans, de tout savoir sur tout le monde ! Surtout lorsqu’ils trouvent un cas particulier ! « OH MON DIEU, celle-ci est COMPLÈTEMENT TORDUE ! C’est ma trouvaille !! ». Ils sont tous pareils. Et, finalement, ils ne comprennent rien à rien. Ils sont cons, c’est tout. Ouais ils sont tous aussi idiots les uns que les autres et revendiquent des prouesses ridicules. Tss. Il te dégoûte. Doucement, tu relèves les yeux, avec un sourire malsain sur les lèvres.

    — Vous me prenez pour une idiote, non ? Vous êtes tous pareils ! Vous vendriez votre propre mère à un SDF mentalement mort à cause de ses maladies pour qu’il vous parle ! Pour que vous vous vantiez ! Parce que c’est une course ! Une horrible compétition ! Celui qui a la tête la plus défoncée gagne !

Tu te dégages de sa main et tu te jettes sur lui. Te voilà au-dessus, avec ce pauvre opalin plaqué au sol. Alors tu le fixes longuement, de ton regard haineux, avant de te radoucir. La colère redescend d’un coup, tes prunelles pétillent moins d’éclairs furibonds. Au contraire. Tes mains sont posées sur son torse et tu le fixes. Petit à petit, des tremblements traversent ton corps et te paralysent toute entière. Tu te sens prisonnière. Mais qu’est-ce que tu as fait ? Pourquoi te jeter ainsi sur lui ? Cela ne se fait pas ! Même si tu le crains, tu n’as pas le droit de l’agresser !
Tu te recules d’un seul coup, te recroquevillant à nouveau contre le mur. Tes spasmes te dévorent toute entière. Tu as envie de mourir, sur le coup. Que tes plaies ne te fassent plus mal, que tu n’aies plus à souffrir pour quelque chose d’idiot. Que tout s’arrête, là, même si c’est brutal. Qu’ils coupent le cordon qui te maintient éveillée pour que plus rien ne t’atteigne.

Boum. Boum. Boum.
Tu te sens partir.
Boum. Boum. Boum.
Tu respires.
Boum. Boum. Boum.
Et soudain tu exploses
En milliers de morceaux.

Te voilà en pleurs, noyée dans un flot de larmes incontrôlable. Tu n’as plus peur, tu as juste mal, terriblement mal. Tu ne sais pas pourquoi, mais tu as l’impression que ton cœur s’est déchiré, qu’il n’en reste que des lambeaux, qu’il n’y a plus rien. Juste un vide. Un vide que tu ne peux pas, que tu ne sais pas remplir. Comment trouver une solution pour ne pas être absorbée par le néant ? Qu’est-ce que tu en sais, toi ? C’est comme demander à un rat de penser. On ne sait jamais s’il y arrivera ou non, à moins de l’examiner avec une patience extrême. Après tout ce n’est qu’un rat, non ? Il est aussi con que ces putains de psychologues ! Toute façon ils ne valent pas mieux que ces rongeurs de merde !

    — Comment vous pourriez me comprendre, hein ? Vous n’savez même pas qui je suis ! Et si je ne dis même pas à ma propre mère ce qui me travaille, pourquoi je vous le dirais à vous ? Vous êtes mieux peut-être ? Ah, j’oubliais, vous êtes un super petit partenaire des gens malades ! Vous leur dîtes même des mots doux pour les attendrir ! Et en plus ! EN PLUS ! Vous êtes …

Bloquée. Oiseau coupé en plein vol. Ah tu l’as pas vu le lance-pierres, hein ? Bah tu l’as senti. Bing. En plein dans l’aile. Alors tu chutes doucement, en espérant t’écraser violemment. Mais vu comme tu tombes, ça ne sert à rien de rêver, tu ne te feras que quelques blessures. Pauvre petit moineau, comment t’envoler si tes ailes sont abîmées ? Tu ne peux plus que regarder autour de toi en attendant. Tu te condamnes toute seule, c’est tellement idiot. Ah, pauvre, pauvre petit oiseau. Il ne te reste plus qu’à prier. Prier ? Non …

Tu te calmes, tu hoquettes moins. Tes larmes se sont calmées. Tu ne te comprends plus. Ce type t’apparaît si avenant, mais si mesquin à la fois. Tu as peur de lui, tout en étant irrémédiablement attirée. Tu as envie de lui parler, oui, tu as envie de lui dire que tu as mal, que tu en crèves un peu plus tous les jours. Mais qui te dit qu’il ne te fera pas souffrir davantage ? Et s’il était pire que ce que tu le pensais ? Tu ne peux pas lui faire confiance, c’est impossible. Pas maintenant, ni même jamais. Tu n’as jamais cru en aucun mâle, pourquoi lui ? Qu’a-t-il de différent ? Là est la question. Tu ne le sais pas, mais tu sens qu’il est différent. Qu’il n’est pas comme eux. Comme lui. Cette pensée t’arrache un frisson.

    — Comment vous faire comprendre quelque chose que je ne comprends pas moi-même ? Je sais tout, d’où ça vient, pourquoi. Mais je ne sais pas pourquoi ça ne part pas.

Tu le regardes, une mine attristée sur le visage. Tu te rappelles encore de tout. Les cris, les pleurs, les hurlements de douleur. Tu t’en souviens comme si tu les avais toi-même vécus. Ces sensations ignobles qui te perforaient le cœur, qui te réduisaient à l’état de larve impuissante. Tu les revois et ça te tue, ça te détruit tellement. Tu voudrais oublier, ne plus rien connaître de ton passé, mais tu n’y parviens pas. Et tu as cette plaie sur l’abdomen. Il est ouvert, on y voit tout. Tout sauf l’essentiel. Et si toi-même tu ne peux pas le voir, lui non plus. Alors pourquoi est-ce qu’il te fait chier ? Pourquoi est-ce qu’il te ment ? Pourquoi t’emmerde-t-il encore ? Bordel ! Il peut pas te lâcher ? Quelle sale sangsue !

    — De toute façon vous êtes con.

Une moue. Tu boudes. Tu en as marre. Ça y est, ça t’énerve. Mais tu ne peux toujours pas partir. Il t’embêterait pour que tu reviennes. Tu les connais, ces clampins-là. Tant qu’ils ont rien, ils restent. Ils regardent, épient, et narguent déjà leurs comparses avec leurs nouveaux bijoux. Ah tu les supportes pas. Tu as juste envie de lui faire bouffer ses cheveux. Tu te redresses et tu viens te heurter à lui, tirant sur ses vêtements, mêlant tes prunelles aux siennes. Tu vas le détruire, le détruire.

Le détruire, le détruire, le détruire, le détruire, le détruire, le détruire, le détruire.
Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien, qu’il soit à terre, qu’il souffre à en crier.

Tu serres un peu plus fort et là, tu perçois que tu ne lui fais rien. Il est neutre. Depuis le début. Parce qu’il t’écoute. Parce qu’il n’est pas mauvais. Parce qu’il s’en fiche que tu sois folle. Au contraire. Il n’est pas guidé par de mauvaises intentions. Ses desseins sont bons, voire louables. Tu hésites et le relâches, n’osant plus lui adresser un seul regard.

    — J’ai peur. De vous. Des hommes. De la foule. Oui, je crains tout cela. Je ne veux pas que vous m’approchiez, mais j’ai tellement besoin de votre aide … Oui, j’ai besoin de vous. J’ai besoin que vous soyez là. Pourtant, je ne veux pas vous savoir près de moi.

Et là, tu repars. Tu poses une œillade triste sur lui.

    — Et si vous me détruisiez, hein ? Et si vous attendiez que j’aie confiance en vous pour retourner l’échiquier et détruire mon Roi ? Et si vous vous en preniez à moi ? Que ferais-je ? Je ne peux faire confiance à personne, vous savez. J’ai tellement peur que vous me détruisiez. Et pourtant, je sais que sans vous, je me trouve dans une situation immonde et invivable. Parce que je sais que vous pouvez changer les choses.

Tu pousses un long soupir.

    — Je ne comprends plus rien.

Et le rideau tombe.
Ta scène est finie. Laisse-le entrer en scène, désormais. Et ne pleure pas, princesse. Tu ne vas pas mourir.
Pas encore.
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Sam 30 Mar 2013 - 14:36

Ce n'était pas au goût du Yokuro, pourtant, il devait bien l'admettre : cette situation ne lui était pas étrangère. Il y avait un certain sentiment de déjà-vu dans cette entrevue inattendue. Non pas un blocage des synapses, mais bien une sensation de cycle, qui n'avait de cesse de se renouveler, d'évoluer. Face à cette jouvencelle en détresse, qui par la peur, exprimait par intermittences une forme orale de violence, le Yamanaka se rappela du cas Nai Akimichi. Une adolescente de quinze printemps, et de bien plus de kilos qu'il n'aurait fallu pour trois filles de son âge. La kunoichi, malgré son jeune âge, avait connu la prison, et les conséquences psychologiques qui en résultaient. La démence avait fait d'elle un vecteur de véhémence, qui avait besoin d'être véhiculé par les insultes, les injures qui visent aléatoirement des cibles anonymes. Yokuro fit parti pendant un certain temps, relativement bref à l'échelle actuelle, de ses victimes, en vain toutefois. Comme à son habitude, il fit preuve d'une imperméabilité parfaite aux affects et au transfert, tout comme le lotus résiste paisiblement à l'eau. Un lotus albescent, plus précisément. Il n'avait pas de fleur, et pourtant, il était parvenu à faire éclore sa liberté.

Et tout comme cette Akimichi, aux allures de rebelle gargantuesque, la rencontre du psychologue devait à son tour être apaisé des conflits qui endolorissaient ses méninges. Toutefois, malgré le cas de figure récurent, il s'avérait tout de même que les différences étaient plus observables. Il y avait tout d'abord, et sans nul conteste, le physique. Là où on admettait populairement que Nai était une masse disgracieuse d'adipocytes saturés en sucreries, pâtisseries et autres gourmandises, l'apeurée était une agréable demoiselle. Certains poivrots auraient pu lui attribuer le péché de chair, la luxure, de par son physique assez avantageux, là Nai était destinée de toute évidence à celui de gourmandise. Et pourtant, il suffisait de voir la répulsion qu'elle éprouvait à l'égard du genre masculin pour comprendre que sa pureté n'était pas à remettre en cause. En guise de signe distinctive, il n'y avait qu'à fixer l’œillade sur sa chevelure. Une toison églantine, donnant une allure de barbe à papa lisse, mais malgré tout corrompue par l'anxiété maladive du sexe opposé.

Et face à cet ange déchu par la réalité, Yokuro fit preuve une fois encore de patience. Sorti de son domaine, le bastion psychologique qu'il avait érigé pour résister aux nuisances de la pratique psychanalytique s'effritait. Il fallait se revêtir d'une armure provisoire. Il s'arma dès lors d'un solide arsenal défensif. Du heaume de patience, il enfila également le plastron de compréhension. Ses mains portèrent respectivement le glaive et le bouclier, l'un tranchant le mal, l'autre s'en protégeant. Et pour finir, quelques accessoires indispensables : des épaulières de volonté, gorgerin de raison et cotte de maille forgé dans le libre-arbitre. Ainsi armé, le paladin pouvait aller sans craintes batailler dans l'esprit de la demoiselle, venant à son secours avec un discours sui generis.

— C'est impossible, mais j'aurais aimé ne pas être un homme. Ni un animal, encore moins un végétal ou un minéral. Simplement une force de pensée. Une entité qui n'existe que pour aider l'humanité, afin de soigner ses plaies mentales. Une force invisible, à la fois présente dans le cœur de ceux qui en ont besoin, et absents chez les plus libérés. Mon métier de psychologue m'a fait prendre conscience de ce que je veux réellement : mettre ma vie au profit de ceux qui en ont besoin. Sans tenir compte de leurs origines, de leurs maux, de leurs identités : je veux juste soigner et aider.
Suite à cet occulte aveu, Yokuro empoigna avec plus d'ampleur la dextre de l'apeurée. Son regard était plus que sérieux.
— Si vraiment tu ne me croyais pas, si vraiment j'étais un de ces gens de la foule, aurais-tu vraiment douté, l'espace d'un instant ? J'ai lu le doute sur ton visage, aussi laisse l'avis de ton esprit s'exprimer pleinement, au lieu de le retenir sous l'impulsion de la peur. Encore une fois, je ne suis là que pour toi, pour te venir en aide. Ma vie est fondée ainsi. Alors… laisse moi te montrer la voie, pour te relever contre cette peur.
N'ayant guère le choix, le Yamanaka appuya son argumentation de la façon la plus radicale. En bon shinobi, il sortit un kunai de sa sacoche, et le pointa sur sa carotide. Une artère de choix pour emprunter le chemin du purgatoire.
— Et si jamais je venais à échouer dans ma tâche, je le payerais de ma vie, car elle n'est là que pour aider les autres, et ici j'aurais échoué.
Avec ce pacte avec la diable, passé en présence de sa patiente, Yokuro espérait réveiller le libre-arbitre de la demoiselle, et pas de cette peur, qui noyait comme un acide lactique les muscles de la conscience de l'apeurée. Auquel cas il n'aurait d'autres choix que de s'efforcer à l'aider, au péril de sa vie. Ainsi allait l'obstination du mire…

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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Dim 31 Mar 2013 - 14:48

Il parle, il parle, mais encore une fois, il ne comprend pas. Il ne comprend pas que tu le crains, que tu ne peux rien lui dire parce que tu n’as pas confiance. Oui, tu hésites, bien sûr que tu hésites, il est tellement étrange. Mais c’est ce trait qui le rend aussi repoussant. Sa neutralité te met sur tes gardes plus que tu ne l’as jamais été. Tes sens sont alertes, ton esprit dresse peu à peu sa barrière mentale. Il te protège face à tous les assauts, mais l’opalin revient constamment à la charge. Il a l’air de vouloir que tu parles, que tu lui ouvres ton cœur. Mais tu ne le veux pas, toi. Tu aimerais lui parler, mais tu as tellement peur des conséquences que tu ne peux pas le laisser t’approcher. C’est beaucoup trop dangereux. Et même s’il préférerait n’être qu’une entité immatérielle existant dans le seul but d’aider les autres …
    — Peu importe ce que vous aimeriez être. Vous n’êtes qu’un homme.

Et c’est ça le problème. C’est son appartenance au genre humain. C’est le fait qu’il ne soit qu’homme et pas entité. Qu’il se rattache aux autres de par cette faiblesse qui le rend encore plus étrange à tes yeux. Tu ne sais plus si tu en as peur, désormais. En fait, tu es totalement perdue, dans ton petit monde labyrinthique. Tes pensées te guident vers la lumière, te font rebrousser chemin, encore et encore. Finalement, tu n’avances pas, tu restes bloquée dans ce même univers sans pouvoir en sortir. Et, quitte à choisir, tu préfères rester là. Au moins tu n’y risques rien.

La pression de sa main sur la tienne se fait plus forte, et vos prunelles se mêlent. Ton rythme cardiaque s’accélère, battant à tout rompre. Tu n’entends plus rien à ce qu’il te dit, tu vois juste ses lèvres qui bougent sans s’arrêter. Les mots se perdent dans ton esprit, avalés par une myriade de songes terrifiants. Il est là, si près, si près de toi. Tu en perds ton souffle, tu trembles. Il est trop près. Beaucoup trop près. Ses lèvres ne bougent plus. Il a fini de parler. Que t’a-t-il dit ? Tu n’en sais rien, tu n’as pas compris. Pourtant, il est là. Si proche de toi. Ta main serre plus fort la sienne et là, tout s’envole.

La peur explose.
Le miroir se brise en milliers de morceaux.
Ta main s’est levée et a heurté sa joue avec violence. Vos deux mains se sont séparées, et tu t’es recroquevillée. Désormais, des larmes roulent sur tes joues. Elles se succèdent à une vitesse folle, incontrôlable. Tu fermes les yeux et respires, en essayant de te reprendre. Il te le rappelle. Lui. Cet immonde personnage, celui qui tentait, malgré tout ce que tu pouvais lui dire, de se rapprocher. Tu poses ta tête sur tes genoux, pour ne plus rien voir. Tu n’arrives même plus à exprimer tes propres pensées, elles sont beaucoup trop floues. Tu ne perçois plus rien. Sauf sa présence. Parce qu’il revient. Et il reviendra toujours, quoi que tu fasses. Tu l’as bien compris.

Tu relèves les yeux. Il a ce kunai planté sur la carotide. Et tu saisis, de par ces deux petites phrases, ce qu’il a dit juste avant. Le suicide, en cas d’échec. Sa vie est vouée aux autres. Il veut les aider. Mais toi … Il ne peut pas t’aider, toi. Il ne peut pas même essayer de te comprendre. Même en le voulant du plus profond de son cœur. Il peut t’écouter, mais qu’est-ce que cela changera ? Absolument rien. Ou alors, si. Il sera content parce que tu lui as enfin dit ce qu’il souhaitait entendre depuis le début. Il est comme tous les autres. Ils forcent, heurtent les barrières pour obtenir ce qu’ils recherchent, ne se cassant même pas la tête à voir ce qu’il y a en-dessous. Une fois que tu auras parlé, il fera quoi, hein ? Bein rien. Parce qu’il ne peut absolument rien faire. Il est impuissant. Parfaitement impuissant.
    — Alors allez-y. Tranchez-vous la gorge. Je peux vous y aider, si vous le souhaitez.

Tu es froide. Tu le repousses. Tes prunelles viennent se mêler aux siennes. Dans son émeraude, tu perçois une certaine innocence, une envie flagrante de rester, de t’aider. Mais tu ne veux pas, toi ! Parce que tu sais que cela n’aura aucune utilité, que tu ne feras que parler dans le vent ! Qu’il est inapte à te comprendre ! Ce n’est qu’un psychologue de pacotille, un de ces hommes sans cœur qui ne veulent que des renseignements, toujours plus de renseignements, comme s’il s’agissait d’une drogue !
    — Vous n’avez aucune utilité à mes yeux. Vous êtes adorable, mais vous êtes faible. Vous ne pouvez rien faire face à un traumatisme. Ou deux. Et de toute façon … De toute façon vous ne savez rien faire face à la bipolarité. Quoi, vous allez me droguer parce que je suis folle ? Ouais, et alors ? Ce sera tout ? Ça n’ira pas mieux si je me mets à vous parler. Vous n’êtes pas un génie, vous ne pouvez pas accomplir de vœux. Et pourtant j’en ai bien plus que trois. Mais votre appétit pour les problèmes des autres est plus grand que votre capacité à les résoudre.

Tu fermes les yeux. Les larmes ne coulent plus. Tu sens juste une plaie béante dans ton cœur, que tu viens d’ouvrir d’un grand coup de couteau.
    — Comment comprendre que là, maintenant, j’ai une folle envie de vous sauter dessus ? Pas pour vous tuer, non, au contraire ! Comment pouvez-vous assimiler une telle peur ? Je pourrais me jeter sur vous, vous serrer contre moi en pleurant comme une gamine, en vous crachant toutes mes peurs. Mais bordel de merde ! Mettez-vous dans le crâne que ça ne sert à rien ! J’ai peur des hommes, ouais, ça change quoi ? C’est comme pour la bipolarité. Vous êtes faible. Impuissant.

Tu respires un grand coup et le fixes droit dans les yeux.
    — Vous êtes aussi inutile que tous les autres, cessez donc de vous croire plus malin. Peu importe ce que vous pensez de vous-même, je sais pertinemment que vous ne me serez d’aucune utilité, parce que vous n’y pouvez rien. On n’efface pas les traumatismes. Et la bipolarité, à moins de me trafiquer le cerveau, vous n’y changerez rien.
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Mar 21 Mai 2013 - 21:10

Avec cette promesse des plus fortes, Yokuro aspirait réellement attirer l’attention de la demoiselle. Il avait dorénavant sacrifié sa vie pour prouver à la craintive qu’il tenait réellement à l’aider, et non pas à repousser ses problèmes le temps d’un instant. C’était là toute la vie du Yamanaka : son métier, ses connaissances, sa vocation même de shinobi, tendaient vers l’objectif de sacrifier sa vie pour améliorer celle des autres. C’était en quelque sorte étrange, altruiste certes, mais masochiste. Il existait ainsi de ces hommes qui préféraient souffrir plutôt que de voir souffrir les autres. Mais au final, pour le jeune Opalin, ce désir, ou plutôt ce but était à double vocation. Il pourrait selon lui par ce biais trouver satisfaction, en sublimant ses pulsions primaires, dans l’exercice de ses fonctions. Oui, le shinobi, en tant que psychologue et Genin de Konoha, avait trouvé la solution pour être en paix avec sa nature profonde et la nature environnante.

Toutefois, encore une fois, il s’était heurté à un iceberg de choix.
Elle l’incitait à ce qu’il se suicide, sans états d’âmes. Elle lui avait fait comprendre qu’il était faible.

En réalité, Yokuro n’était pas faible : il avait simplement sous-estimé quelque chose qu’il croyait faible. En se détachant des liens forts entre les hommes, soudés par les sentiments et les émotions, il était devenu un fantôme, un être sans émotions. C’était un camélia blanc sans odeur et sans vie, un flocon de neige dans une mer glacée d’inertie. Lui qui avait voulu tout faire pour se rapprocher au mieux de l’esprit du genre humain s’était lui-même éloigné de son propre esprit, et par conséquent des âmes qui l’entouraient. Pire encore, en se recroquevillant dans cette armure de rouille et d’os albescente, il venait de prouver qu’il était faible, incapable de se défendre seul. Il ne se fiait plus à la force de sa volonté, à son endurance naturelle, mais à des procédés trop artificiels, trop inhumains pour être compris par autrui. Il se dénaturait, devenait machine, et perdait tout le crédit dont il avait besoin auprès de ses patients.

Il fallait remettre les compteurs à zéro, prendre un nouveau départ, un nouvel envol.
… Alors, que faire ?

Le Yamanaka, sans le savoir, avait toutes les cartes en main pour redevenir Yamanaka Yokuro, et non pas ce spectateur au teint diaphane. Son projet de n’être qu’une idée consultable par la société pour la sauver était en réalité une dystopie : en s’éloignant du genre humain pour tenter de l’aider, il en deviendrait en réalité plus incapable de parvenir à sa lourde tâche. Pourtant, avec le soutien de son petit frère, du village et des shinobis le constituant, et même de sa famille, qui malgré la distance et le temps ne l’avait jamais abandonné, le Borgne disposait de tout le soutien nécessaire à sa tâche.

Il retira alors son casque d’adamantium corrompu par la stérilité, et baissant le regard, soupira. Qu’il était difficile de se sentir humain. Puis, afin de se rapprocher plus facilement des sentiments de la demoiselle, il se résolut à faire une entrave à son Surmoi, en brisant un de ces interdits professionnels. Soigner avec ses jutsus. Il concentra subtilement son chakra à travers son cortex, et fit appel au Hoshi Kyôkan, l’Empathie Astrale. Sous-estimant l’ampleur du minerai qui l’attendait, il étouffa un soubresaut, submergé par la peur qu’il ressentit.

Alors c’est ça, la vie ? Celle sous son vrai visage, pas un état de latence, de contemplation trop extérieure pour être appelée la vie. Devant le maelström de crainte ressenti par le jutsu de Yokuro, ce dernier put frémir à nouveau sous le choc véhément entre pulsions de vie et de mort. Autrefois, le Psychagogue avait vaincu la crainte primordiale de l’homme, celle de retourner à l’état inorganique, de perdre tout ce qu’il avait accumulé pendant un temps restreint à jamais. Aujourd’hui, l’espace d’une seule technique, et d’une rencontre, le Yamanaka retrouvait cette peur ancestrale, qu’il s’était en réalité contenté de ranger au fond d’un tiroir, et non pas d’éradiquer. Encore une fois, il se prouvait à lui-même sa faiblesse, ignorant devant les conséquences de ses actes. Alors, pour lutter contre sa faiblesse, que pas même les enseignements de son père didactique - encore une réaction de faiblesse, consistant à transposer l'image d'un père parfait, à l'image du Père religieux, pour remplacer le père biologique perdu - ne pouvaient éradiquer, il en vint à l'absurde.

Credo Quia Absurdum.
Abandonnant les protocoles psychanalytiques, les réactions professionnelles, il se tut davantage, et céda à l'absurde en venant enlacer la dénommée Hime. Une douce étreinte, comme une quête de réconfort, tant pour celui qui enlace que l'enlacée.

— Merci.
Sans plus tarder, il vint rompre ce contact, tout comme son jutsu, dorénavant inutile et douloureux. Sa céphalée fictive dissipée, il plongea son unique pupille céladon, d'un éclat étrangement plus smaragdin qu'autrefois, dans les prunelles de la demoiselle. Son armure délirante se décomposait, redevenait rien. De bas en haut, des cuisses au plastron, la protection ex nihilo retournait au néant, et allégeait le cœur du shinobi d'un fardeau artificiel qu'il s'était constitué dans le but de se voiler sa faiblesse intérieure.
— Tu m'as prouvé par ta peur, ta faiblesse apparente que… je suis faible, plus profondément que tu ne le crois. Tu m'as fait montrer la vie sous un autre aspect. J'étais comme absorbée par la face cachée de la Lune, et jamais je n'ai vu l'autre moitié; chose révolue à présent, je sens la lumière me montrer la voie. Aujourd'hui, je me sens plus humain, et tu m'as fait renoncer à ce sacrifice illusoire de ma vie.
Sa voix, habituellement teintée de neutralité et de taciturnité, paraissait elle aussi plus vivante. Son visage était d'une blancheur candide, et non plus cadavérique. C'était une renaissance, et un bond à la fois : l'enfant Yokuro s'était aujourd'hui construit un pont le menant vers la maturité, passant au-dessus de sa faiblesse démentielle, de sa faiblesse antagoniste. Il se sentait dès lors reconnaissant.
— Alors maintenant que tu m'as aidé, laisse-moi t'aider en retour. Non pas en tant que médecin, psychologue ou je ne sais quoi, mais bien en tant que Yamanaka Yokuro, habitant de ce village. Non pas au nom de l'équilibre mental de ce village, mais pour t'aider, simplement. Non pas en tant qu'homme, mais surtout en tant qu'être humain, comme toi.
La détermination se lisait sur son visage. Il était prêt à n'importe quelle réponse, refus sec ou acceptation. Il n'avait plus besoin d'armure pour se défendre : les rixes n'étaient qu'une brise sur son visage de chair ingénue. Qu'importe les retours, il était plus que déterminé à l'aider, au non de principes qui sublimaient ses objectifs initiaux.
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Lun 27 Mai 2013 - 22:33

Détruite. Exposée aux brûlures du temps, à la douleur que te procurent tes peurs. Les démons de ton passé te rongent, te font plus mal que jamais. Tu aimerais fuir, quitter ces terres au plus vite, t’en aller, voir d’autres personnes, un autre monde. Tu aimerais mourir, pour que tout s’arrête, pour que la haine ne te dévore plus, pour que le calme revienne, pour que tu sois enfin reposée. Tu aimerais que ce soit beaucoup plus simple, qu’il n’y ait ni peur, ni pathologie. Juste des rêves d’enfant que tu te tuerais à accomplir, pour vivre une vie telle que celle que tu t’es toujours imaginée. Tu aimerais que ce soit aussi simple, mais rien ne l’est, et la fatalité est ton lot. Alors tu plonges, tête la première dans un bassin plein de requins, en espérant qu’un ange viendra te sauver. Et il y en a un. Tu le vois, cet être divin entouré de ce halo de lumière. Celui qui changera tout, mais que tu ne veux pas accepter. C’est un ange, par définition, il n’a rien d’humain. Il est différent, trop différent, tu ne le supporterais pas. Pourtant, il reste, il force, comme s’il voulait absolument te sauver.

Et si tu ne le voulais pas ? Et s’il se débattait pour rien ? Tu sais que non, au final. Tu sais que tu dois ouvrir ton cœur, que tu dois lui parler, le laisser te connaître pour te soigner. Un médecin. Un charlatan qui n’en veut qu’à ta maladie, toi, il s’en fiche. C’est ça qui le rend aussi antipathique. Cet amour inconditionnel pour la pathologie en elle-même. Il est psychologue. Il croit tout savoir, mais ne sait rien. Il croit tout connaître, pouvoir régler tous les problèmes, mais n’y peut rien. Comme tous les autres. Ceux qui se prennent pour des génies, alors qu’ils sont aussi faibles que tout le monde. Personne n’est exceptionnel, personne n’est capable de rompre ton malaise, parce que personne ne comprend. Personne ne se penche sur ce qu’il en est vraiment. C’est toujours basé sur la bipolarité et la peur des hommes, ça ne creuse pas plus loin. Jamais.

Et pourtant.
Premier soubresaut. Il se passe des choses étranges dans sa tête. Tu le regardes, tu ne le quittes pas des yeux une seule seconde. Ce qu’il fait ? Tu n’en sais rien. Pourquoi il le fait ? Tu ne le sais pas non plus. Tu sais juste qu’après un long laps de temps passé à sursauter, sans qu’il n’y ait rien, pas un bruit, pas une parole … Il s’est passé ça. Tu en trembles encore. Ce corps si chaud contre le tien, cette étreinte si douce, si agréable. Son odeur qui caresse tes narines, la douceur de ses mains, de ce geste inattendu, qui te laisse toujours perplexe. Tu ne sais pas comment l’interpréter, ni comment réagir. Tu restes bloquée un instant, sans bouger, sans comprendre. Tant de questions se suivent dans ta tête, tellement d’interrogations te viennent. Tu ne parviens plus à démêler quoi que ce soit de cette gigantesque pelote, tu sais juste … Qu’une grande dose d’humanité vient de s’immiscer dans la conversation, et que le pont qui vous séparait vient de s’effondrer. Ça te fait encore tout drôle, mais tu ne peux plus faire marche-arrière, maintenant.

Tu comprends, tu assimiles. Tu sais qu’il le faut. Qu’il te sauvera. Qu’il ne te laissera pas contempler ces requins plus longtemps. Il est là pour t’aider, pas pour te détruire. C’est étrange, c’est inimaginable, et pourtant … C’est vrai. C’est indéniable. Alors tu le regardes, tu souris, tu hoches la tête, et détournes le regard.

    — Je ne veux pas d’un médecin. Je veux un être humain. Puisque vous l’avez compris, je pense que je peux vous faire confiance. Vous avez les compétences pour faire ce que vous faîtes. Mais … Je ne veux pas être une patiente. Je ne veux pas de dossier, je ne veux pas que mon nom soit placardé sur les murs d’un hôpital, je ne veux pas que vous me regardiez comme étant … Une autre de vos brebis présente pour vous aider à désaltérer votre soif de connaissances. Je ne veux pas de ça. Si vous êtes assez humain pour comprendre ma douleur, vous l’êtes assez pour comprendre ça.

Tu respires un grand coup, et reposes tes prunelles céruléennes sur son visage. Il s’est incroyablement adouci, depuis le début. Il a changé. Ce n’est plus pareil. Ton sourire s’agrandit.

    — Mes problèmes sont assez gros pour les amplifier … Je veux que personne ne le sache, personne … à part vous …

Tu soupires. C’est étrange. Presque désagréable. Tu as une dernière requête.

    — Pourrions-nous … en discuter ailleurs ? Non, non, pas dans votre cabinet. Je dis bien, ailleurs. Dans un endroit au calme, où personne n’entendra, où je pourrais vous raconter … Vous expliquer ce qui ne va pas, et ce qui me rend telle que je suis à ce jour. Je sais, j’en demande beaucoup … Mais c’est tellement, tellement compliqué …

C’est d’un chiant … Mais tu espères. Pour une fois, tu espères. Tu espères que cela te permettra de changer, que cela modifiera le cours des choses.
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Jeu 6 Juin 2013 - 23:14

Yokuro avait fait d'immenses efforts. Il avait renoncé à ses convictions, sa stérilité mentale. C'était une transition toute particulière à laquelle assistait naïvement Hime. La métamorphose était à peine visible en surface, mais psychiquement, la partie immergée de l'iceberg était purifiée de sa pureté maladive. Le Yamanaka venait de réaliser que son souhait d'absence de pulsions internes constituait en soi une pulsion, bien plus vicieuse que tout celles qu'il étudiait en bon psychanalyste. Avec cette mise à jour cérébrale, ce déclic mental, il venait de réaliser qu'à force de préserver son ton neutre, son esprit déshumanisé, il avait accumulé les erreurs. Est-ce qu'aujourd'hui encore il pourrait rattraper le temps perdu ? Est-ce qu'il le pouvait ? Après tout, il pensait avoir tourné la page, suite à son internement, et plus vieux encore, au drame familial. Même encore maintenant, il n'employait pas ce mot. Il était trop chargé de sentiment, d'un jugement subjectif qu'il ne possédait pas, ou du moins, qu'il était en voie de récupérer. Pour lui, ce n'était pas un drame. Il s'agissait d'un évènement survenu par la pulsion de mort, sadique et sexuelle.

Mais maintenant, il percevait la réelle dimension de cet incident qui était banal à ses yeux dénudés de sensibilité. Car grâce à cette jeune inconnue, il avait retiré son armure inutile. Il avait retiré cette insensibilité objective, trop stérile, tellement stérile, qu'elle dissipait la chaleur social, et le contact humain. Hime était parvenue, par sa peur, sa crainte, bref, son esprit troublé, à purifier l'esprit trop pur de l'albescent. Le paradoxe était saisissant, l’événement tout autant : c'était un homme nouveau qui avait enlacé la demoiselle. Il ne savait pas encore ce qu'il allait devenir, ni faire, maintenant qu'il était en passe d'évoluer.

— Bien sûr, nous pouvons aller ailleurs ! À vrai dire, il faut avouer que cet endroit n'est pas très approprié… tu as une demande particulière, ou bien tu n'as pas d'idées en tête ? Pour être franc, je n'ai pas trop d'endroits où aller pour discuter au calme.
Car oui, bien que Yokuro n'agissait plus comme un froid thérapeute, il gardait tout de même à l'esprit que la demoiselle ressortait d'un lourd traumatisme. Elle allait mieux, certes, mais était encore fragile. Médecin ou simple civil, cela se voyait. Elle souriait, mais restait encore affaiblie par sa crise d'anxiété. De fait, bien que Yokuro connaissait quelques établissements agréables, comme des restaurants, des salons de jeux, etc. il savait que le bruit et le monde étaient autant de facteurs de stress pouvant refaire surgir à tout moment cette peur. À défaut d'avoir une quelconque idée, il laissa alors la demoiselle réfléchir pour lui. En attendant, il arracha un bout de parchemin vierge, situé dans sa sacoche shinobi, prit un stylo au même endroit, et griffonna d'une écriture rapide et pourtant soigné son adresse. Il tendit alors le bout de papier à la demoiselle, d'un visage clair et d'une voix rassurante.
— Tenez, voici mon adresse. Si vous avez besoin de parler, ou quoique ce soit, n'hésitez pas, je suis là en dehors de mes horaires de travail.
Habituellement, il tenait ce genre de discours à ses patients, leur procurant une brochure. Il était alors le Dr. Yamanaka. Mais ici, il n'était que Yokuro, simple être humain qui aidait la demoiselle. Pas dans un cabinet, propice à développer une phobie de la part de la kunoïchi. Tout simplement chez lui, dans un endroit plus convivial, sans pour autant dériver vers des relations plus ambiguës.
— D'ailleurs… puisque nous sommes amenés à nous revoir, et pas forcément dans ce genre de situations, j'en conviens bien entendu… quel est votre prénom ?
Yokuro n'avait pas tort. Mieux que de l'aider, il aspirait à revoir plusieurs fois la demoiselle, afin de suivre l'évolution de son état. Sans point de vue médical et objectif, il avait enfin développé un point de subjectif. Le premier. Et il était destiné à l'intérêt de la santé, du bonheur de la jeune Konohajin. Il lui sourit alors, timidement, mais sûrement.
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Message(#) Sujet: Re: Le Secret. [Yokuro] Dim 9 Juin 2013 - 19:28

De ton visage s’efface la peur. Tu n’as plus envie de fuir, ni de mentir. Tu n’as plus envie de te cacher derrière des faux-semblants auxquels tu ne croiras jamais, et que tu sais absolument impossibles. Tu n’as plus envie de souffrir, cachée derrière un masque de porcelaine. Tu veux tout briser, tout changer. Renaître. Revivre. Apprendre ce qu’est la vie, comme elle l’est vraiment, pas comme tu l’as imaginée, ni vécue. Tu veux être comme ces gens, ceux qui sourient et sont capables de se mêler à la foule sans paniquer. Tu ne veux plus sortir du lot et être dévisagée, comme un monstre qui aurait oublié que sa place est dans une foire. Tu n’en as plus envie. Il est temps que tout change, que tout se transforme. Tu veux juste oublier ce calvaire, et grandir. Rattraper ces années ratées, gâchées par des maladies et des peurs. Tu veux simplement être mieux. Te sentir bien. Ne pas te réveiller en te disant que cette nouvelle journée est un véritable calvaire, et que demain suivra le même chemin. Tu ne veux pas te dire que ce sera horrible. Tu ne veux pas craindre l’avenir, ni ce qu’il t’apportera. Tu veux juste souffler un grand coup, et te dire qu’enfin, tout va mieux. Enfin, tu n’as plus rien à craindre. Plus jamais.

Mais en est-il vraiment capable ? A-t-il réellement la capacité de t’aider ? De te sortir de ce torrent d’interrogations ? Tu n’en sais rien. Mais, même si tu ne le sais pas, et que tu en doutes au plus haut point, tu veux espérer, te dire que tu n’as rien à y perdre, à part tes secrets. Au pire, si jamais cela tourne au vinaigre, tu fais comme ils le font tous : tu te débrouilles pour qu’il meure. Ce n’est pas bien difficile, au contraire. Et au moins, s’il ne vit plus, tes secrets partiront avec lui dans sa tombe. Tu soupires. Est-ce vraiment une bonne idée ? Tu ne le sais pas. Et tu ne pourras le savoir qu’en essayant. Est-ce que faire confiance est une bonne idée ? Est-ce que cela te sera bénéfique ? Ne finiras-tu pas par en souffrir ? Comment le savoir, sans essayer ? Tu n’as plus qu’à plonger.

Alors, tu te saisis de son papier et tu hoches la tête. Dessus est notée son adresse, celle qui te permettra de le retrouver et de déballer ton sac. De lui en mettre plein la tête pendant des heures, jusqu’à ce qu’il trouve tous tes problèmes lourds et désagréables. Après l’avoir gavé, toi, tu seras libre. Parfaitement libre. Tu pourras courir, sauter partout, te sentir extrêmement bien. C’est une idée. Une idée méchante, mauvaise. Tu caricatures le principe de te confier, parce que finalement, tu en as peur. Et tu as beau le regarder, lui sourire, imaginer toutes sortes de scénarios, tu ne sais toujours pas comment cela se passera. Comment il pourra t’aider. Les psychologues écoutent les gens, et ne parlent quasiment jamais. Même s’il est humain, et qu’il tient à t’aider au plus haut point, tu imagines que son côté professionnel reviendra toujours, balayant tous les efforts, te ramenant au rang de patient. Tu as peur de la suite, peur de ce qui peut arriver, peur de ce qui peut se dire. C’est énervant, de ne pas savoir. Mais tu ne peux pas te dire que ce que tu vas faire est vain, et que tout autour de toi attend de s’effondrer. Tu ne peux plus. Il est temps que tu grandisses.

Tu hoches la tête, et balayes tous tes songes. Tu plonges tes prunelles dans les siennes, t’y noies un instant. Tu cherches. Tu cherches en lui la vérité. Celle que tu n’entends plus, et que tu es incapable de reconnaître comme ça. Tu restes bloquée un instant, et voyant une certaine lueur dans son regard, tu te confortes. Ton « non » catégorique s’efface, et devient un « peut-être ». Un « peut-être » timide, hésitant, qui partira peut-être aussi vite qu’il est arrivé. Tu aimerais faire pareil, d’ailleurs. Te lever, et t’enfuir. Ne plus jamais rien lui dire en attendant qu’il oublie. Tu aimerais. Mais tu ne le peux plus. Dommage, hein ?

    — Hime. Je m’appelle Hime.

Il est grand temps. Grand temps que les choses changent. Que tu changes. Et que plus rien, jamais, ne vienne entraver ton ascension. Il est temps que tu fasses confiance à quelqu’un, et que tu te battes contre toi-même pour ne plus te laisser blesser par la peur. En seras-tu capable ? Peut-être, peut-être pas. Mais tu es prête à pénétrer dans ce monde d’incertitudes. Tu es prête à faire des efforts, à braver tes peurs. C’est sûrement ce qu’il attend de toi, après tout.

    — Et je viendrai. Je ne sais pas quand, mais je viendrai. Je vous le promets.

Tu as scellé ton destin.
Après quoi, tu lui souris, caresses sa joue, et te relèves. Tu ranges le papier dans ta poche, et regardes autour de toi. Personne. Mais il est temps de rentrer. Tu en as oublié ce pourquoi tu étais là, d’ailleurs. Tant pis. Ça te reviendra peut-être plus tard. Pour l’heure …

    — Au revoir, Yokuro. Merci.

Sur ces quelques mots, tu reprends ta route, en direction de ton propre chemin. Qui sait. Peut-être as-tu commis la pire erreur de ta vie, ou peut-être est-ce l’inverse ? Seul le temps te le dira.
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Le Secret. [Yokuro]

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